Les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) en France accueillent depuis longtemps déjà des populations de réfugiés et de demandeurs d’asile, que ce soit en tant qu’étudiant, personnel scientifique ou administratif. Les crises migratoires des années 2010, particulièrement amplifiées par la guerre en Syrie en 2015, ont rendu cet accueil visible, nécessaire et urgent. Dès l’automne 2015, quelques universités mettaient en place un dispositif de formation et d’accueil spécifiques, pour prendre en charge les nombreux étudiants réfugiés arrivant en France. À peine un an et demi plus tard, soutenus par le MESRI (Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), une trentaine d’établissements se regroupaient en réseau. Baptisé MEnS (Migrants dans l’Enseignement Supérieur), il a mis en place un diplôme universitaire (« DU passerelle ») permettant aux étudiants réfugiés de reprendre leurs études en France tout en ayant accès aux bourses sur critères sociaux. Il travaille aussi en relation étroite avec le programme PAUSE du Collège de France pour l’accueil et l’emploi des chercheurs en exil et avec le programme AIMES (Accueil et Intégration de Migrants dans l’Enseignement supérieur), porté par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), avec de nombreux partenaires publics et privés. En septembre 2020, le réseau MEnS s’est structuré en association.

Les engagements du réseau

Les membres du réseau MEnS sont soit des établissements de l’ESR français, soit des partenaires de la société civile. Tous sont liés par une charte qui fédère leurs engagements et leurs missions. Les membres s’engagent à respecter le principe d’inconditionnalité de l’accueil des étudiants, qui pose pour seul critère le niveau académique, sans distinction de statut, de nationalité, de genre ou d’orientation politique. Ils ont tous mis en œuvre des programmes de reprise d’étude, de formation et d’insertion professionnelle pour les étudiants en exil, et des dispositifs d’accueil pour les chercheurs en exil. Leur politique se traduit par un engagement financier, souvent conséquent. Le réseau MEnS et ses partenaires se donnent pour mission d’aider les établissements dans la recherche de financements extérieurs et complémentaires.

Les objectifs statutaires du réseau MEnS

Les statuts de l’association Réseau MEnS en précisent l’objet (art. 2) :

« L’association fédère des établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et a pour objet d’accueillir et accompagner les étudiants, les enseignants et les chercheurs en exil dans les établissements d’enseignement supérieur français et plus spécialement de :

– Favoriser et accompagner leur information, leur orientation, leur inscription et la reprise d’études, l’apprentissage du français, la validation des niveaux et diplômes, et, d’une manière générale, faciliter leur accompagnement social et administratif ;

– Défendre leurs droits pour permettre des conditions de vie et d’études optimales.
Elle entend pour ce faire :

– Coordonner et représenter ses membres, rendre visibles leurs actions, porter leurs questionnements, propositions ou revendications auprès des partenaires et autorités compétentes ;

– Encourager la réflexion prospective et critique sur les questions migratoires ;

– Renforcer les liens entre les établissements membres par l’échange de bonnes pratiques et la mise en œuvre d’actions communes ;

– Promouvoir à l’international des actions permettant la formation, l’insertion et la mobilité des étudiants et chercheurs en exil. »

Les actions en faveur des étudiants en exil

Les établissements du Réseau MEnS accueillent, dans des programmes d’études spécifiques, des cohortes de 10 à 150 étudiants, en proposant généralement :

– L’exonération des frais d’inscription pour les étudiants réfugiés et demandeurs d’asile
– L’apprentissage de la langue française et l’insertion culturelle en France et en Europe
– L’accompagnement des étudiants dans leurs démarches administratives
– Une assistance sociale, psychologique et médicale
– Une aide à l’orientation et à la reprise d’étude
– Une aide à l’insertion sociale et universitaire

Le programme AIMES de collecte et de redistribution de fonds par l’AUF a permis aux établissements de soulager leur effort financier pour ces projets. Ce programme est principalement abondé par des crédits du MESRI, du Ministère de l’Intérieur, du Ministère de la Culture, de l’AUF et de divers partenaires publics (ADCUEFE, Mairie de Paris) ou privés (Fondations d’entreprise). En 2020, le montant des aides du programme AIMES s’établissait à 460k€ pour les établissements français (36 projets), ce qui représente en moyenne 15% du budget total impliqué, en coûts complets. Le reste du financement provient des établissements eux-mêmes ou des collectivités locales (régions et départements, Fonds social européen déconcentré).    Plus de 7000 étudiants en exil ont été ainsi accueillis en 5 ans, se stabilisant à environ 1500 par an, pour au moins le double de candidats.

Les actions en faveur des chercheurs en exil

La France a lancé, sur le modèle de la Philip-Schwartz-Initiative en Allemagne, un programme national d’aide aux chercheurs en exil, baptisé PAUSE. Créé en janvier 2017 et rattaché au Collège de France, il permet aux établissements et organismes de l’ESR français de recevoir une aide substantielle (50% à 80% du coût environné) pour l’emploi de chercheurs en situation d’exil et d’urgence. Ce programme concerne les jeunes chercheurs (doctorants et post-docs) tout comme les chercheurs plus confirmés. Les établissements et PAUSE proposent à ces chercheurs :

– Un emploi contractuel co-financé au maximum pendant 2 ans par PAUSE
– Un environnement de recherche
– Un accompagnement professionnel
– Des aides sociales, psychologiques et médicales